L’église Saint-Paul

Saint-Paul de Clermont-l'HéraultL’église Saint-Paul se dresse aujourd’hui au cœur de la ville. Au moyen Age, faute de place à l’intérieur du castrum, on l’a construite quasiment en pleine campagne, à 40 m environ des remparts.

Un titre de propriété figurant dans le cartulaire de l’Abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert cite l’église Saint-Paul où s’est déroulé, en 1158, un procès opposant l’abbaye de Saint-Guilhem à celle d’Aniane. Elles se disputaient la propriété du château dit « du bout du monde ». L’abbaye de Saint-Guilhem gagna le procès.

L’église Saint-Paul actuelle a donc été précédée par un édifice roman moins important et dont il reste quelques éléments d’architecture en remploi, en particulier l’oculus qui éclaire la 2ème chapelle nord. Au XIIIème siècle, l’essor du castrum, la suppression de plusieurs paroisses du terroir, le projet de fusion des trois paroisses – Saint-Etienne-de-Gorjan, Saint-Etienne-de-Rougas et Saint-Paul – entraînent la démolition de l’église romane dédiée à la Conversion de Saint-Paul, devenue trop exigüe, et la construction, dans un style nouveau, d’un édifice plus important.

Cette église est vaste, belle ; elle a vraiment l’air d’une collégiale, voire même d’une cathédrale. Hélas ! N’ayant jamais été le siège d’un évêché, ni celui d’un collège de chanoines séculiers ou réguliers, elle ne porte ni l’un ni l’autre de ces titres. À l’origine de cette erreur, il faut citer l’Abbé Durand qui a écrit :

« … ce fut la communauté primitive qui faisait des prêtres de Saint-Paul comme un corps de chanoines à l’instar des collégiales… ».

L’église Saint-Paul est due au génie d’un maître d’œuvre inconnu et non à l’instinct créateur des foules. Alors que dans le nord de la France, on construit de nombreux édifices gothiques dès le milieu du XIIIème siècle, dans le Languedoc, cet art, bien que connu à cette époque là, (salle capitulaire de Valmagne, porche de Saint-Guilhem, transept de Maguelone avant 1148) ne fut adopté que lentement, avec beaucoup de réserve.

Notre église a été construite dans un style gothique à la fois de l’Ile-de-France et du Midi.

Gothique de l’Ile-de-France de par son plan : une nef et deux bas-côtés, un chœur de même hauteur et de même largeur que la nef. Dans l’Hérault, cinq églises seulement ont ce plan : Clermont, Lodève, Montagnac, Sérignan, Valmagne.

Gothique méridional de par l’emploi exclusif à l’origine de contreforts puissants pour étayer les voûtes de la nef et des bas-côtés, son aspect forteresse, l’absence de transept, une décoration sculptée sobre, discrète, deux étages en élévation : les grandes arcades et les fenêtres hautes.

L’église a été édifiée au cours de 2 campagnes de travaux :

1.      Fin XIIIème siècle - 1er tiers XIVème siècle

2.      2ème tiers XIVème siècle - fin XVème siècle

3.      Quelques modifications fin XVIème / XVIIème siècle et XVIIIème siècle.

Les églises Saint-Paul et Saint-Dominique sont de dimensions comparables :

 Saint-Paul 

 Saint-Dominique 

Longueur

48 m

50 m

Largeur

31 m

22 m

Hauteur sous clef

19 m

17 m

Plusieurs auteurs rapportent que l’installation des Dominicains à Clermont a suscité une certaine animosité de la part des autorités laïques et religieuses. Les textes ne laissent rien transparaître sur ce sujet, soit parce qu’il n’y a rien à signaler, soit parce que certains faits ont été occultés. Les 2 églises Saint-Paul et Saint-Dominique n’étaient pas le fruit d’une concurrence entre les seigneurs et les consuls, entre le clergé séculier et les Dominicains : elles furent les conséquences d’une réaction en faveur de la foi catholique malmenée par le catharisme. Les seigneurs de Clermont ont été les bienfaiteurs de Saint-Paul et de Saint-Dominique. Quant-aux conflits seigneur-habitants, ils se plaçaient sur un autre plan que celui des dimensions et celui de la durée du chantier de construction des deux édifices !

Saint-Paul de Clermont-l'Hérault ChoeurAu cours de la 1ère campagne de travaux qui commence en 1275, on construit les 3 absides que l’on oriente au solstice d’été (Saint-Dominique est orientée au solstice d’hiver), les 3 premières travées de la nef et des bas-côtés, les portes Nord et Sud.

L’abside est heptagonale. Elle est éclairée par 3 immenses lancettes géminées : un meneau les partage en 2 lancettes ornées chacune de deux redents qui dessinent un trilobe ; ces lancettes sont surmontées de 3 trilobes ou trèfles. Les vitraux sont du XIXème siècle.

La voûte de cette abside est soutenue par 8 ogives délimitant 7 voûtains en éventail autour de la clé évidée. Un lierne joint cette clé au sommet de l’arc triomphal. Le profil des ogives est un tore qui s’amincit et se termine par un méplat. Elles retombent sur des culs de lape assez ouvragées.

Les 2 absidioles sont pentagonales. Les 6 ogives délimitant 5 voûtains en éventail autour de la clé retombent sur des culs de lampe enrichis de têtes humaines.

A l’extérieur, les contreforts du chevet sont ornés de gargouilles grimaçantes aux positions cocasses, voire indécentes : l’une d’elle montre son postérieur !

Sont ensuite édifiées les 3 travées des bas-côtés et de la nef sur croisées d’ogive de même profil que dans le chœur. La chaire sera offerte plus tard, en 1658, par les consuls de la ville. L’escalier d’accès et l’abat-son sont du XVIIIème siècle.

On élève ensuite la porte nord qui était l’entrée principale et donnait sur le castrum, la porte sud qui donnait sur le cimetière, le jardin du prieur et le presbytère.

Le XIVème siècle est bien entamé lorsque le plan prévu est modifié: on ajoute 3 chapelles latérales 1ère et 2ème sud, 1ère nord. L’addition de chapelles est assez courante au XIVème siècle : leur financement est assuré par de riches familles (ex : celle des seigneurs de Clermont qui fondent la 1ère nord), par des confréries. On éventre les murs gouttereaux flambant neufs des bas-côtés pour construire l’ouverture en arc brisé des chapelles, on prolonge les contreforts, on édifie un nouveau mur gouttereau qui clôture les chapelles.

Saint-Paul de Clermont-l'Hérault NefLes travaux sont alors arrêtés vers 1331 car des troubles ont éclaté, troubles récurrents qui émaillent la vie politique du castrum depuis 1242. A l’origine de cette interruption, les derniers soubresauts de l’hérésie albigeoise, la suppression des libertés communales qui depuis 1306 entretenaient au sein de la population un climat malsain, propice à la subversion, à la révolte.

En 1339, le calme étant revenu, des négociations en vue du rétablissement du consulat et des franchises communales s’engagent et aboutissent le 14 août  1341. Une transaction élaborée par des hommes de loi est approuvée par 710 chefs de famille de la ville et Bérenger V, seigneur de la ville, réunis dans la nouvelle église Saint-Paul en cours de construction. Elle sera signée au château à l’heure de Complies par le frère du seigneur, Raymond de Guilhem, et par les représentants du Roi et les Syndics de la ville.

Les travaux reprennent vers 1341 aussitôt après la signature de la transaction. On construit le porche nord qui précède l’entrée, la 2ème chapelle nord, et les 3èmes chapelles nord et sud. Pour la deuxième chapelle nord, on a suivi le même processus que pour les trois premières (on éventre, on prolonge, on clôture). En ce qui concerne les 3èmes chapelles nord et sud, leur construction est antérieure à celle des bas-côtés et de la nef.

Saint-Paul de Clermont-l'Hérault clef de vouteOn construit ensuite la 4ème travée. La clé de voûte de la nef représente un chêne vert (l’yeuse). Ce sont les armoires parlantes de la famille De Lauzières, déformation usuelle de l’euzière : lieu planté de chênes verts. En 1344, Raymond II de Lauzières se marie (dans cette église ?) avec Marie de Guilhem de Clermont, fille de Rostaing Ier, seigneur de Lacoste et de Ceyras, descendant d’une branche cadette des Guilhem seigneurs de Clermont.

Les De Lauzières ont dû financer tout ou partie des travaux de construction de cette travée.

Pendant la 2ème moitié de XIVème siècle, on élève les 2 tours pentagonales NO et SO qui devaient être crénelées, et servir de tour de guet, ainsi que la salle du 1er étage du clocher. La tour SO sera surmontée plus tard d’un campanile où était suspendue la cloche qui sonnait les offices de la Saint-Roch. Ce campanile sera démoli vers 1941 car il menaçait ruine. Le sommet de la tour NO sera orné d’une « cage » (un campanile en fer forgé) où est encore suspendue la cloche du XVème siècle qui égrène les heures… A la même époque, on surélève le clocher d’un étage.

Fin XIVème siècle, on construit les 2 dernières chapelles sud. Elles sont ornées de « jolis » culs de lampe : musicien, lion et Saint Marc.

Saint-Paul de Clermont-l'Hérault

Début XVème siècle, on construit les 2 dernières chapelles nord et les piliers des deux dernières travées ; en 1424, on commence le mur de la façade ouest, en 1427 la rosace ; de 1430 à 1441, les murs latéraux au-dessus des piliers ainsi que les voûtes d’ogives des bas-côtés et de la nef. Au cours de la 2ème moitié du XVème siècle, on édifie le dernier étage du clocher.

À l’approche des guerres de religion, l’église subit des remaniements qui vont accentuer son aspect forteresse et l’intégrer dans le système de défense de la ville. On construit notamment les deux murs parallèles qui reliaient le porche du clocher à la porte sud du castrum. On surélève les murs gouttereaux et les toitures afin de créer des chambres de tir, des réduits, des portes de garde. Pour soutenir la toiture, on avait imprudemment bâti 13 murs de refend de 45 à 50 cm d’épaisseur sur les doubleaux et les voûtes. Au poids qu’exercent ces constructions s’ajoutent celui des décombres entreposés sur les voûtes au fil des ans lors des précédents travaux. Les premiers désordres importants apparaissent vers la fin du XVIème siècle : les murs déversent dans leur partie supérieure : on peut encore observer ce dévers. Les voûtes se lézardent. Les piliers se gauchissent à tel point qu’en 1593, le 1er pilier nord doit être réparé ; un peu plus tard, en 1601, c’est le cas du 2ème pilier sud. La situation est telle que, pour contenir ces désordres, on surélève les murs latéraux des chapelles pour construire les 4 premiers arcs-boutants sud. Cela ne suffira pas : au début du XVIIIème siècle, on doit ajouter 6 arcs-boutants supplémentaires : cinq au nord, un sixième au sud.

La rosace

Deux lapicides Clermontais, Jean Guichard et Guilhem Davros, ont passé un contrat avec les marguilliers de la paroisse le 12 juillet 1427. Leurs conditions furent les suivantes : 130 moutons d’or, 1 muid de vin, les matériaux amenés à pied d’œuvre.

Elle mesure 8 m de diamètre. On estime le poids des pierres du remplage à 11 tonnes : c’est du grès de « La Faïence », lieu-dit non loin du Peyrou. C’est bien une œuvre du gothique flamboyant avec ses soufflets et ses manchettes.

Sa restauration dura de 1949 à 1953. Le remplage a été entièrement démonté ; les pierres en mauvais état ont été remplacées, mais avec du grès de Lamalou-les-Bains, moins friable, plus résistant aux pressions. Les vitraux du XIXème siècle ont été remplacés en 1952 par ceux fabriqués par les frères Chigut de Limoges.

Saint-Paul de Clermont-l'Hérault Grandes orguesLes grandes orgues

En vue de cette restauration, on avait démonté le vieil orgue du XVIIIème siècle, puis démoli la tribune. Une nouvelle tribune a été construite pour supporter les orgues fabriquées à Lodève. Elles ont été inaugurées en 1999 par Mgr Ricard, évêque de Montpellier. Elles comprennent 27 jeux, 3 claviers. On y a introduit 601 tuyaux en étoffe (alliage étain + plomb), classés Monuments Historiques que l’on avait prélevés sur l’ancien orgue. Des tuyaux neufs ont complété.

La petite échauguette qui surplombe la rosace servait au guetteur à alerter les défenseurs et les personnes réfugiées à l’intérieur. Le seigneur de Clermont ne s’installait pas dans cette échauguette pour assister aux offices ainsi que l’ont écrit certains auteurs.

Le maître-autel

Le maître-autel a été livré à la paroisse Saint-Paul par un atelier d’Avignon en mars 1773. On suppose qu’il est l’œuvre de Mazzetti, maître sculpteur italien célèbre à cette époque-là. Il fut transporté d’Avignon à Agde par bateau, et de là à Clermont par chariot. Il est tout en marbre : la partie ornementale en marbre blanc de Carrare est mise en valeur par différents marbres polychromes : jaune, jaune orangé, orange, noir. Le marbre blanc de l’écusson représentant la conversion de Saint-Paul sur le devant de la table, est sculpté sur fond de brocatelle jaune. Le tabernacle de forme ovale présente une porte dorée entourée des symboles des quatre évangélistes : lion, aigle, taureau, ange. Il était surmonté d’un ciborium ou exposition où l’on présentait au cours de certaines cérémonies le Saint Sacrement dans un ostensoir.

L’église Saint Paul vient d’aborder le neuvième siècle de son histoire. Ce monument chargé d’ans, d’honneurs, de malheurs, objet de la sollicitude et de l’admiration de tous, est le produit du dévouement et de l’amour de ceux qui nous ont précédés.

Nous avons un bel héritage : soyons dignes de lui et conservons-le !

Paul Taurand, décembre 2007

Dernière mise à jour 25/07/2018