L'orgue de chœur de l'église Saint-Paul à Clermont-l'Hérault

Histoire de l'orgue de chœur

-Par Roland Galtier

L'orgue qui se trouve actuellement dans la dernière chapelle au nord de l'église de Clermont-l'Hérault a été acquis en 1894 par l'abbé Jean-Édouard Saumade. Il provient de la cathédrale de Nîmes.

En décembre 1855, l'évêque de Nîmes demandait au ministre des cultes un orgue d'accompagnement pour sa cathédrale(1). Des le 16 janvier 1856, le ministre lui donnait son accord, en lui laissant le choix du facteur. A la demande de l'abbé Bernard Papell, organiste de la cathédrale, Aristide Cavaillé-Coll adressait le 22 février 1856 un devis, se montant à 9 000 francs, et un dessin de la façade de l'orgue projeté. Ceux-ci étaient approuvés par le ministre le 11 mars 1856.

L'instrument, livré le 23 juillet 1856, comportât deux claviers et huit jeux :

I - Grand-Orgue, 54 notes (C1 - F5)

II - Récit, 54 notes (C1 - F5)

Bourdon

8'

Flûte harmonique

8'

Game (= Salicional) (C2)

8'

Prestant

4'

Dulciana

4'

Doublette

2'

Trompette

8'

Hautbois

8'

 

Pédale, 20 notes (C1 - G2) : en tirasse.

Accouplement, Tirasse I, Tirasse II, Appel Trompette, Expression générale. Claviers placés en console séparée.

Pour mettre le nouvel orgue au ton du grand orgue, Cavaillé-Coll se trouva contraint d'ajouter un tuyau à la basse de chaque jeu, ce qui entraîna un supplément de dépense de 960 francs.

En 1869, Vincent Cavaillé-Coll, frère aîné d'Aristide, installé à Nîmes depuis 5 ans, présenta un devis de réparations et d'améliorations, par lequel la Dulciana devait être décalée pour faire une Montre 8', et la Doublette remplacée par un Salicional 8'. Toute la tuyauterie serait ré-harmonisée avec la pratique d'entailles, Il semble que ce devis ait été exécuté, à l'exception du remplacement de la Doublette.

Quatre ans plus tard, le même facteur proposait un nouvel agrandissement. Sommiers, charpente, soufflerie, console et mécanique devaient être neufs, et quatre jeux nouveaux seraient fournis : Bourdon 16', Salicional 8', Basson 16' et Voix-Humaine 8' ; le tout pour 7 045 francs.

Finalement, l'instrument livré le 27 mars 1877 comportait également un buffet neuf (avec 9 grands tuyaux de façade supplémentaires), ménageant, sur le côté gauche, un passage pour les officiants et les enfants de chœur. La composition de cet orgue était la suivante :  

I - Grand-Orgue, 54 notes (C1 - F5)

Récit, 54 notes (C1 - F5)

Bourdon

16'

Bourdon

8'

Montre

8'

Gambe

8'

Flûte harmonique

8'

Basson

16'

Salicional

8'

Trompette

8'

Prestant

4'

Basson-Hautbois

8'

Doublette

2'

Voix-Humaine

8'

Pédale, 25 notes (C1 - C3) : en tirasse 

Accouplement, Tirasse I, Tirasse II, Trémolo, Expression générale (sauf Montre 8' et Bourdon 16'), Orage. Claviers placés en console séparée. 

En 1882, les travaux exécutés par l'architecte Henri Revoil dans la cathédrale imposèrent la dépose de l'orgue. Le remontage fut effectué par Vincent Cavaillé-Coll en mai 1883 pour 600 francs. L'espace disponible entre les piliers du nouveau chœur était insuffisant pour loger l'instrument, qui trouva place sur la tribune du transept sud. Ce fut là le dernier travail du facteur, qui, après la mort de sa seconde épouse le 12 juin, se retira à Paris auprès de son frère.

Cet emplacement de l'orgue d'accompagnement peu pratique, trop éloigné du sanctuaire, incita la fabrique à acquérir un nouvel orgue de chœur, de dimensions plus restreintes, à la maison Puget, de Toulouse. Celui-ci, installé en 1885, rendait inutile l'orgue d'Aristide et Vincent Cavaillé-Coll, qui fut mis en vente.

C'est le curé-doyen de Clermont-l'Hérault, l'abbé Jean-Édouard Saumade, qui s'en porta acquéreur, sur ses deniers personnels(2) L'instrument fut remonté par la maison Puget, de Toulouse(3), sans modifications, sur le côté droit du chœur. Un loyer est convenu avec la fabrique, versé, après la mort de l'abbé Saumade, à son héritier, l'abbé Reboul. Lors de l'inventaire de l'église, le 2 mars 1906, l'orgue est revendiqué par celui-ci, et estimé 4 500 francs(4).    Au cours des années 1930, l'organiste Maurice Taurand transféra l'orgue sur le côté gauche du chœur, puis envisagea un projet grandiose de réunion des deux orgues en un seul orgue de tribune. L'instrument aurait comporté 19 jeux réels, permettant 33 registres par dédoublements et emprunts(5). Les moyens manquèrent, et il fallut se contenter de recomposer l'orgue de chœur, déplacé dans la dernière chapelle à l'apport de tuyaux empruntés au grand orgue : un Cornet remplaça la Voix-Humaine(6), une Plein-Jeu la Doublette, tandis que Trompette et Salicional (désaccordé en Voix Céleste) étaient intervertis(7). Ce travail fut réalisé par Maurice Taurand, avec le concours de la maison Puget, vers 1945(8). L'orgue avait désormais la composition suivante :

I - Grand-Orgue, 54 notes (C1 - F5)

II - Récit, 54 notes (C1 - F5)

Bourdon

16'

Bourdon

8'

Montre

8'

Gambe

8'

Flûte harmonique

8'

Voix Céleste (F2)

8'

Prestant

4'

Cornet(9)

II-V

Plein-Jeu

II-III

Basson

16'

Trompette

8'

Basson-Hautbois

8'

Pédale, 25 notes (C1 - C3) : en tirasse.

Accouplement, Tirasse I, Tirasse II, Trémolo, Expression générale (sauf façade et quelques basses de fonds). Claviers placés en console séparée.

En 1988, le facteur Alain Sals, de Malaucène (Vaucluse), effectuait un relevage complet de l'orgue, replaçant, après restauration, la Voix-Humaine qui avait été conservée, restituant une Doublette (neuve, au modèle Cavaillé-Coll), et rendant ainsi les jeux qui avaient été empruntés, et qui ont aujourd'hui retrouvé leurs places au sein du grand orgue. L'orgue de chœur Aristide et Vincent Cavaillé-Coll, restauré par Alain Sals, se présente donc ainsi :

I - Grand-Orgue, 54 notes (C1 - F5)

II - Récit, 54 notes (C1 - F5)

Bourdon

16'

Bourdon

8'

Montre

8'

Gambe

8'

Flûte harmonique

8'

Voix Céleste (F2)

8'

Prestant

4'

Basson

16'

Doublette

2'

Basson-Hautbois

8'

Trompette

8'

Voix Humaine

8'

Pédale, 25 notes (C1 - C3) : en tirasse.

Accouplement, Tirasse I, Tirasse II, Trémolo, Expression générale (sauf façade et quelques basses de fonds). Claviers placés en console séparée.

Notes

-1.      La documentation concernant l'histoire de cet orgue de 1855 à 1883 se trouve dans les dossiers suivants: Arch. Nat. F19 7788, Arcg. dép. Gard V 90 et Archives diocésaines de Nîmes (dossier « Orgue de la cathédrale »).

-2.      Nous ignorons le montant de cette transaction. Les registres de comptes de la fabrique de la cathédrale de Nîmes qui ont été conservés s'arrêtent en 1893.

-3.      La liste des orgues construites ou restaurées par cette maison, éditée en 1895, fait état d'un orgue de 2 claviers, restauré, dans la paroisse de Clermont.

-4.      Arch. dép. Hérault, 8 V 33.

-5.      Documents Maurice Taurand, aimablement communiqués par son fils, M. Paul Taurand, à qui nous exprimons notre vive reconnaissance.

-6.      La Voix Humaine fut entreposée dans le buffet du grand orgue.

-7.      Est-ce à cette occasion, ou en 1894, que la Trompette de Cavaillé-Coll fut remplacée par une autre Trompette, d'une facture attribuable à Prosper Moitessier ? Des interversions ont eu également lieu entre tuyaux gambées.

-8.      La maison Puget signale Clermont parmi les orgues ayant fait l'objet de ses interventions entre 1939 et 1945, cf. L'Orgue, no 49, 1948.

-9.      Deux rangs dans la basse constitués avec le Nazard du grand orgue et des tuyaux divers, le dessus à cinq rangs provenant de l'ancien orgue.

-10.   Ce texte fait partie de la belle brochure "Clermont-L’hérault : Le grand orgue" (Éditions du Bérange), et est reproduit ici avec l'aimable autorisation de l'éditeur.

Dernière mise à jour : 25/07/2014